HUY - Entre fiction et réalité, Sandra Proes emmène le public dans les coulisses du fort de Huy où restent comme des lambeaux d’histoires à raconter.

Ce ne sont pas des histoires que l’on raconte pour épater la galerie ou bien divertir. Ni des histoires comme il en existe dans la plupart des livres. Celles que raconte Sandra Proes, dans les entrailles du Fort de Huy, disent l’essentiel. Et ça touche – forcément! Parce que dites avec un tel réalisme et sur la pointe du cœur, ça force le respect et pousse notre devoir d’interrogation, sinon de réflexion, sur des faits de guerre qui nous concernent tous.

Alors, on ouvre les yeux plus grand encore et, dans la même seconde, apparaît ces images terribles d’un temps recomposé dont la pierre rugueuse porte encore les stigmates.

Racontées par son grand-père Émile, alors âgé de 10 ans durant la seconde guerre, ces histoires nous renseignent avec une précision extrême et rigoureuse, sur ce qu’ont subi les prisonniers du Fort, leurs familles, aussi.

Et entre les mots, les phrases prononcées, il y a ce vide qu’on ne peut combler. Et l’on tressaille de ressentir ces quelques minutes de silence qui nous appartiennent et nous renvoient à la fragilité de notre condition humaine, elle-même ourlée d’incertitude. Car ce sont d’enfants dont il est question, de femmes enceintes, de vieillards, aussi…

Outre la vie des otages et des autres prisonniers, il y a également celle des civils qui subissent, malgré eux, ces temps difficiles que nous ne connaîtrons sans doute jamais. Pour en avoir un bref aperçu, le parcours spectacle s’autorise quelques arrêts dans des salles (dont l’espace muséal) qui gardent la trace visible de cette vie quotidienne, sur des photographies d’époque et autres documents iconographiques et quelques objets.

Abordé sur un ton didactique qui intègre le jeu du «question, réponse», le récit garde comme fil rouge le petit Émile, témoin de ce temps jadis. Nous viennent alors des histoires plus douces d’une vie passée à la campagne, ses rencontres amusantes ou pas, ainsi que son amitié avec Sarah. Une enfant juive qu’il retrouvera après la guerre et qu’il épousera. Réalité ou fiction? Qu’importe…

L’histoire est belle, touchante et témoigne, s’il le fallait, que l’homme cherche à préserver toujours au plus profond de lui cette part d’humanité pour laquelle des peuples entiers s’insurgent. Et garde des notions de solidarité, d’amour aussi et de partage…


Si le fort nous était raconté  Source: lavenir : Nathalie Boutiau